5 janvier 2021
BIENVENUE A CAPTRAIN FRANCE !
5 janvier 2021
Sommaire

1. Juste un chan­ge­ment de nom et rien d’autre ?

2. Ça com­mence fort !

3. VFLI ou Captrain France : même logique mortifère

4. Prenons nos affaires en main !

Ça y est : VFLI, la petite start-up locale de droit pri­vé de la SNCF née en 1998 et dédiée à la logis­tique fer­ro­viaire sur sites indus­triels, deve­nue au fil des années et des acqui­si­tions VFLI SAS, filiale natio­nale, pour s’établir comme un acteur majeur du trans­port de fret fer­ro­viaire, a chan­gé de nom pour deve­nir Captrain France depuis ce 1er jan­vier 2021.

Autant dire que, dans le monde du fret fer­ro­viaire, ce n’est pas une petite affaire. Un « chan­ge­ment de nom » annon­cé sou­dai­ne­ment aux salariéEs le 11 juin der­nier, suite à un pro­jet de restruc­tu­ra­tion du pôle Transport Ferroviaire et Multimodal de Marchandises (TFMM) de SNCF Logistics. La direc­tion de VFLI mar­te­lait qu’il n’y aurait de chan­ge­ment pour l’entreprise que le nom et rien d’autre : « Il n'y a aucune restruc­tu­ra­tion qui soit liée au chan­ge­ment de nom ou qui soit la consé­quence de ce chan­ge­ment de nom ».

SUD-Rail avait immé­dia­te­ment appe­lé à la vigi­lance, expri­mé de la méfiance quant à ce dis­cours et for­mu­lé des craintes concer­nant notam­ment l’abandon des acti­vi­tés ITE sur sites indus­triels, ou le dum­ping social dont feraient l’objet les salariéEs mis en concur­rence avec les autres Captrain euro­péens moins bien lotis sur le plan social. Le fait est que ces craintes, sans pour autant être confir­mées pour l’instant, sont fon­dées et se légi­ti­ment mois après mois.

Juste un chan­ge­ment de nom et rien d’autre ?

Il y a pour­tant d’abord eu un chan­ge­ment de Président, dès le 1er juillet 2020, dont le com­mu­ni­qué de presse de TFMM daté du même jour révèle que, pour « les acti­vi­tés busi­ness » de TFMM, le nou­veau Président de VFLI « mène­ra la trans­for­ma­tion de VFLI en Captrain France ». Un chan­ge­ment de Président pour­vu d’un man­dat à visée stra­té­gique, ce n’est pas qu’un chan­ge­ment de nom...

En octobre 2020, on appre­nait la réa­li­sa­tion d’une pre­mière chez « VFLI Formation » : l’évaluation des acquis des conducteurs/trices belges de Railtraxx, soit Captrain Belgium, éga­le­ment filiale de SNCF Logistics pilo­tée par TFMM, pour une remise à niveau qui leur per­met­trait de cir­cu­ler sur la par­tie française.

En soi, aucun pro­blème : nous sommes touTEs des tra­vailleuses et tra­vailleurs du rail, avec les mêmes inté­rêts, par-delà la natio­na­li­té et les fron­tières. Mais du point de vue des condi­tions sociales, est-ce à ce point avan­ta­geux pour les action­naires qu’on pré­fère habi­li­ter ces conducteurs/trices sur le réseau de France plu­tôt que de déve­lop­per des emplois chez Captrain France, ou mieux, direc­te­ment chez la mai­son mère ? Quels sont les salaires de ces salariéEs ? Quelles sont leurs condi­tions de tra­vail ? Faut-il que Captrain France abaisse encore son niveau social à celui de Captrain Belgium pour obte­nir du tra­vail sur la par­tie fran­çaise ? En sera-t-il de même avec les conducteurs/trices de Captrain España et de Captrain Italia ? Captrain Europe est-il une spi­rale à tirer tout le monde vers le bas ?

Ces salariéEs de Belgique doivent être remis à niveau : peut-être mais, au-delà de la conduite, que ce soit d’abord une mise au niveau social de l’entreprise qui dis­pose des meilleures rému­né­ra­tions et des meilleures condi­tions de tra­vail d’Europe ! Et nous aus­si par la même occa­sion ! Quoi qu’il en soit, des acti­vi­tés de for­ma­tion du per­son­nel des autres Captrain euro­péens, ce n’est pas qu’un chan­ge­ment de nom...

En novembre 2020, le CSE de VFLI était consul­té sur un pro­jet de « réor­ga­ni­sa­tion » de l’entreprise : les acti­vi­tés ITE sur sites indus­triels font désor­mais excep­tion avec la créa­tion et l’entrée en vigueur depuis ce 1er jan­vier 2021 de « Captrain Proximité », une « Business Unit » auto­nome consa­crée uni­que­ment à la ges­tion de toutes ces acti­vi­tés sur sites industriels.

Pourquoi ne pas en avoir fait une « région » de l’entreprise, au même titre par exemple que Captrain Travaux, Captrain Matériel ou Captrain Formation ? Pourquoi le sec­teur d’activité de l’entreprise qui rap­porte le moins fait-il l’objet d’une restruc­tu­ra­tion sous cette forme spé­ciale ? Pour des salariéEs qui se sen­taient déjà isoléEs et excluEs de l’entreprise, on ne peut faire mieux pour accen­tuer ce sentiment…

Sans jouer les pro­nos­tics, la réponse semble évi­dente : il s’agit du lan­ce­ment d’un pro­ces­sus de filia­li­sa­tion qui ne dit pas son nom. Captrain Proximité sera sans doute à terme une filiale de Captrain France… L’intérêt inavoué pour la direc­tion ? Générer des éco­no­mies par une réduc­tion de ce qu’ils appellent des « charges », et « opti­mi­ser » le cadre fis­cal par des « avan­tages » fis­caux, par exemple la réduc­tion du mon­tant de l’impôt sur les béné­fices ou la remon­tée des divi­dendes au pro­fit de la socié­té mère sans – ou avec une très faible – taxa­tion fis­cale. Il s’agit d’une bonne pra­tique capi­ta­lis­tique bien rodée, celle-là même qui contri­bue acti­ve­ment à détruire les ser­vices publics et la sécu­ri­té sociale du pays.

L’intérêt pour les salariéEs de cette toute nou­velle « Business Unit » Captrain Proximité ? Aucun. Le pro­jet se jus­ti­fie par la mise en œuvre d’une « orga­ni­sa­tion plus effi­cace afin de gagner en per­for­mances tech­niques et éco­no­miques », « amé­lio­rer la ren­ta­bi­li­té », « pro­po­ser une gamme de ser­vices per­for­mantes au sein et à proxi­mi­té des sites indus­triels », « gagner en com­pé­tences », « mieux répondre aux attentes du marché ».

Ce voca­bu­laire mana­gé­rial est celui qu’on uti­lise pour dire : les salariéEs vont devoir être plus pro­duc­tifs, davan­tage poly-compétents, pro­duire plus de tâches avec les mêmes moyens maté­riels et le même temps de tra­vail… A quand le tour de la « région » Captrain Matériel ? Quoi qu’il en soit, un pro­ces­sus de filia­li­sa­tion de toute une par­tie his­to­rique des acti­vi­tés de l’entreprise, ce n’est pas qu’un chan­ge­ment de nom…

Ça com­mence fort !

A la mi-décembre 2020, l’entrée en vigueur du ser­vice annuel 2021 a révé­lé qu’on part de loin.

  • Trop de contrats « clients » à hono­rer avec un manque cruel de per­son­nel et des conducteurs/trices pas encore habilitéEs pour les nou­velles com­mandes : des retrai­tés che­mi­nots en CDD sont appe­lés en nombre à la rescousse.
  • Les EM défaillants per­sistent depuis des mois et fatiguent les corps et les esprits : aucune amé­lio­ra­tion n’est perceptible.
  • L’année com­mence avec un nombre consi­dé­rable de rou­le­ments qui ne res­pectent pas la régle­men­ta­tion RH : mais que font les direc­tions régionales ?
  • Faute de per­son­nel en nombre suf­fi­sant, des salariéEs sont affectéEs sur plu­sieurs rou­le­ments, de « régions » dif­fé­rentes : a-t-on le droit d’avoir une vie en dehors du travail ?
  • Une réor­ga­ni­sa­tion de la « plate-forme Ile-de-France » a pris effet dès le 1er novembre 2020 dans le but d’économiser des Equivalents Temps Plein (ETP) : bah voyons, pour­quoi se pri­ver de réduire les pos­si­bi­li­tés d’offrir du travail ?
  • Des habi­li­ta­tions et des com­pé­tences sup­plé­men­taires sont exi­gées pour bon nombre de salariéEs afin d’assurer les nou­veaux tra­fics, sans qu’elles ne soient valorisées.
  • Il est pré­vu que la poly-compétence soit encore davan­tage déve­lop­pée et géné­ra­li­sée dans l’entreprise, sans être valorisée.

Autant dire que, jusqu’à preuve du contraire, le lan­ce­ment de Captrain France ne fait pas rêver…

VFLI ou Captrain France : même logique mortifère

A vrai dire, VFLI ou Captrain, c’est la même logique du moins disant social, de la course à la pro­duc­ti­vi­té. Avec le pro­jet Captrain France, la direc­tion du Groupe SNCF a une stra­té­gie et un objec­tif : détruire toutes les pro­tec­tions sociales des cheminotEs – qui sont pour­tant un mini­mum conquis de hautes luttes et sou­hai­table pour touTEs les tra­vailleuses et tra­vailleurs du rail – en misant sur la concur­rence géné­ra­li­sée, la « loi du mar­ché », pour faire des filiales pri­vées aux condi­tions de tra­vail et aux pro­tec­tions sociales misé­rables la norme, et ain­si se don­ner des marges de pro­fits plus grandes.

Captrain France est une machine pré­vue pour ali­men­ter acti­ve­ment ce monde fer­ro­viaire délé­tère, ani­mé par la course à la ren­ta­bi­li­té, où les tra­vailleuses et tra­vailleurs du rail sont jetéEs les unEs contre les autres, et où ce sont les moins bien lotiEs qui tirent l’ensemble vers le bas.

La SNCF a sup­pri­mé 7000 emplois ces 3 der­nières années, en plus d’avoir sup­pri­mé le sta­tut de pro­tec­tion sociale ! Sur le com­bi­né, par exemple, Captrain France vient de récu­pé­rer 2 contrats Froid Combi, les­quels étaient assu­rés par FRET SNCF depuis leur lan­ce­ment en 1998. Conséquence : la des­truc­tion d’emplois s’intensifie chez le pre­mier trans­por­teur fer­ro­viaire de mar­chan­dises en France, celui où le niveau social est le plus en faveur des salariéEs.

Il y a des rai­sons de pen­ser que le pro­jet Captrain France s’inscrit dans un pro­jet glo­bal qui prend pour hori­zon le déman­tè­le­ment de FRET SNCF par sa mise en concur­rence « à moindres coûts » avec le regrou­pe­ment des filiales Captrain, Forwardis et Naviland Cargo dans le sous-ensemble « Rail Logistics Europe » qui vient d’être créé fin 2020 au sein de TFMM. Une fois que FRET SNCF serait mise au bas niveau des filiales, elle inté­gre­rait l’ensemble. Evidemment, ce Monopoly de SNCF Logistics se fait sans le consen­te­ment des premierEs concernéEs, les tra­vailleuses et tra­vailleurs qui, elles et eux seulEs, font ren­trer l’argent.

Ces plans sont à l’opposé de ce qui est sou­hai­table pour touTEs et de ce pour­quoi SUD-Rail se bat, à savoir un ser­vice public du trans­port des mar­chan­dises doté d’un haut niveau de pro­tec­tion sociale des salariéEs.

Prenons nos affaires en main !

Faire état de tout cela n’est pas moti­vé par une volon­té d’entacher le rela­tif enthou­siasme que sus­cite chez cer­tains col­lègues ce « nou­veau départ » pour l’entreprise. Cet engoue­ment est com­pré­hen­sible : com­ment ne pas se réjouir de l’arrivée de nou­veaux contrats, de nou­veaux tra­fics, de nou­velles machines ? Ce contexte ouvre néces­sai­re­ment des pers­pec­tives poten­tiel­le­ment durables pour chacunE d’entre nous.

Mais SUD-Rail appelle à gar­der la tête froide, à res­ter lucide et vigi­lant, en gar­dant à l’esprit tous les élé­ments struc­tu­rels, pour savoir dans quoi nous sommes enga­gés, à quoi nous par­ti­ci­pons bien mal­gré nous et vers quoi il faut tendre.

Ce contexte laisse à pen­ser que c’est avant tout le moment d’une nou­velle aven­ture faite de soli­da­ri­té, de résis­tance et de batailles col­lec­tives pour des­si­ner une entre­prise de qua­li­té sou­cieuse du bien-être des salariéEs, avec l’objectif à terme d’élever le niveau social vers ce qui se fait de mieux.

Or une telle entre­prise ne se fera que par nous, les tra­vailleuses et tra­vailleurs, par notre auto-organisation, notre nombre et notre déter­mi­na­tion à ne pas se lais­ser faire. C’est pour­quoi c’est le moment, pour les OFI, les OSS, les agents du maté­riel, les CME et CDL, de se syn­di­quer, de rejoindre les col­lègues déjà mobi­li­sés pour l’intérêt de touTEs, d’adhérer à SUD-Rail Captrain, une orga­ni­sa­tion démo­cra­tique impli­quée et active, où chacunE prend part aux déci­sions et aux actions col­lec­tives. Sans orga­ni­sa­tion col­lec­tive, pas de rap­port de force…

SUD-Rail Captrain adresse ses meilleurs vœux à touTEs les salariéEs de Captrain France pour cette année 2021 qu’on espère meilleure !

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