29 décembre 2019
Retraites : Solidarité avec les cheminots
29 décembre 2019

Sommaire

1. Les che­mi­nots au rendez-vous
2. VFLI en sommeil
3. L'union fait la force

Cela fait main­te­nant 25 jours que les cheminotEs de la SNCF sont en grève recon­duc­tible pour obte­nir le retrait du pro­jet de réforme des retraites vou­lu par le gou­ver­ne­ment de Macron. Chez VFLI, les salariéEs sont glo­ba­le­ment favo­rables au mou­ve­ment, mais ne se sentent pas assez concernéEs pour entrer en action. Pourtant, l'enjeu est d'importance pour l'avenir du ferroviaire.

LES CHEMINOTS AU RENDEZ-VOUS

Les cheminotEs sont en grève recon­duc­tible depuis le 5 décembre. 25 jours sans être payéEs. En nombre de jours, c'est déjà plus que la grève vic­to­rieuse de 1995. Et les taux de gré­vistes battent des records. Ils et elles sont en lutte pour défendre les retraites de touTEs, pas seule­ment les leurs. Et ils et elles ne sont pas seulEs en lutte : les salariéEs de la RATP, des raf­fi­ne­ries, de l'énergie, les fonc­tion­naires de l'éducation natio­nale, de la san­té, les pro­fes­sions libé­rales, etc., sont aus­si de la bataille ; mal­heu­reu­se­ment seulEs les agentEs de la SNCF et de la RATP tiennent bon dans la grève reconductible.

25 jours sans être payé, c'est long... et dur à vivre. Mais les cheminotEs comptent tenir encore, tant qu'il le fau­dra. Pourront-ils tenir davan­tage ? Leur seul espoir après la période des fêtes de fin d'année : que les autres sec­teurs pro­fes­sion­nels, publics et pri­vés, s'engagent éga­le­ment dans la grève recon­duc­tible. Si un maxi­mum de sec­teurs entrent en grève, bloquent l'économie, le gou­ver­ne­ment sera contraint en quelques jours de rem­bal­ler son pro­jet de réforme.

L'opinion publique sou­tient encore ce mou­ve­ment de grève, mal­gré les ten­ta­tives du gou­ver­ne­ment d'inverser la ten­dance par une pro­pa­gande média­tique achar­née. Stigmatisation des cheminotEs qui seraient des privilégiéEs défen­dant leur « régime spé­cial », alors que ce régime ultra mino­ri­taire n'est qu'une maigre com­pen­sa­tion conquise de haute lutte pour rétri­buer des condi­tions de tra­vail très par­ti­cu­lières : ceux qui stig­ma­tisent ne savent pas ce qu'est le tra­vail de nuit, en horaires déca­lés, les jours fériés et les week-ends, dans le bruit, le froid ou la cha­leur, à faire des gestes usant, sous la pres­sion constante du dan­ger de mort. Culpabilisation des cheminotEs qui seraient des « monstres égoïstes » en refu­sant de se sou­mettre à l'injonction d'une « trêve » et en main­te­nant les per­tur­ba­tions de cir­cu­la­tion pen­dant les fêtes de fin d'année : pour tous ces gens qui n'ont que faire des condi­tions de tra­vail dégra­dées – quand ce sont les autres qui bossent – et qui pro­meuvent le tra­vail le dimanche et jours fériés, subi­te­ment Noël est deve­nu sacré ! Qu'on se le dise, quand on est en grève depuis 20 ou 25 jours, pour ten­ter de sau­ver une retraite à peu près digne pour touTEs, Noël ou Nouvel an ne repré­sentent rien de spé­cial. Arrêter la grève, c'est mettre fin au mou­ve­ment de résis­tance et donc perdre la bataille.

Des sec­teurs ont dores et déjà aban­don­né le com­bat, parce que le gou­ver­ne­ment a cédé – signe d'ailleurs que la mobi­li­sa­tion ne sert pas à rien. C'est le cas par exemple des poli­ciers et mili­taires, des rou­tiers, ou du trans­port aérien. De fait, en cédant pour cer­tains sec­teurs, même s'il ne l'avoue pas, le gou­ver­ne­ment ne cherche plus à impo­ser un régime « uni­ver­sel », puisque dores et déjà tout le monde ne sera pas logé à la même enseigne. Ces légers reculs du gou­ver­ne­ment force l'interrogation : si le régime « uni­ver­sel » de retraites par points qu'il veut impo­ser est si béné­fique, pour­quoi le gou­ver­ne­ment ne l'a-t-il pas impo­sé aux poli­ciers et mili­taires, aux rou­tiers et au trans­port aérien ? C'est qu'il s'agit en fait d'une réforme néfaste pour tout le monde, et le gou­ver­ne­ment choi­sit les sec­teurs stra­té­giques qu'il ne veut pas frois­ser. Face aux autres sec­teurs, dont les cheminotEs, il a choi­si la stra­té­gie de la confron­ta­tion et du pourrissement.

D'aucuns pose la ques­tion récur­rente : « Quand les cheminotEs vont-ils arrê­ter la grève qui para­lyse le pays ? » La bonne ques­tion est pour­tant la sui­vante : quand le gou­ver­ne­ment va-t-il reti­rer son pro­jet de réforme qui para­lyse le pays ? Les cheminotEs ont rai­son de se battre. Ils et elles le font pour l'ensemble des salariéEs, employéEs, fonc­tion­naires, chô­meuses et chô­meurs, étudiantEs, et pour les géné­ra­tions futures. Ils et elles défendent un pro­jet de socié­té plus juste et plus éga­li­taire. Nous leur devons bien plus que de la solidarité.

VFLI EN SOMMEIL

Ce pro­jet de sys­tème « uni­ver­sel » de retraites par points touche tout le monde, y com­pris le sec­teur pri­vé. Nous avons ici expo­sé notre ana­lyse de cette réforme. Les salariéEs de VFLI n'y échappent pas : si cette réforme entre en vigueur, chacunE d'entre nous per­dra jusqu'à 300 ou 400 euros par mois durant toutes nos années de retraite, par rap­port à nos droits tels que défi­nis dans le sys­tème actuel.

Alors dans ce mou­ve­ment de grève inter­pro­fes­sion­nel, qu'en est-il des salariéEs de VFLI ? Depuis le 5 décembre, la grève des aiguilleurs de la SNCF impacte les cir­cu­la­tions fer­ro­viaires : beau­coup de trains sont sup­pri­més. VFLI étant dépen­dante de SNCF Réseau, l'entreprise est dans l'incapacité d'assurer tous ses tra­fics. L'encadrement de VFLI tente de trou­ver toutes les oppor­tu­ni­tés de satis­faire un tant soit peu ses clients en assu­rant le plus de trains pos­sible. Mais les conduc­teurs ont beau­coup moins de trains à faire, les opé­ra­teurs au sol beau­coup moins de trains à pré­pa­rer. Globalement, les salariéEs sont en acti­vi­té réduite : au jour le jour, on découvre si on va tra­vailler ou si l'on est au « chô­mage tech­nique ». Les pertes sala­riales sont consé­quentes, puisque la qua­si tota­li­té des primes sautent : ne res­tent que les trai­te­ments de salaires de base.

Mais les salariéEs de VFLI ne sont pas en grève. Globalement, d'après les retours que nous avons, l'écrasante majo­ri­té des salariéEs se réjouit d'avoir des trains sup­pri­més. Cela dit, on peut dis­tin­guer entre une majo­ri­té de salariéEs qui sont indifférentEs à la réforme, une très faible mino­ri­té qui y est favo­rable, et une très grande par­tie qui y est réfrac­taire et sou­tient le mou­ve­ment de grève. Parmi celles et ceux qui ont conscience des enjeux de la réforme et sou­tiennent le mou­ve­ment, on dis­tingue entre celles et ceux qui ne sont pas prêtEs à faire grève eux-mêmes par peur de perdre davan­tage en salaire, et celles et ceux (une infime mino­ri­té) qui vou­draient s'inscrire dans une grève recon­duc­tible mais n'y voient pas l'intérêt si une par­tie signi­fi­ca­tive des salariéEs ne s'y engage pas.

La qua­si tota­li­té des salariéEs pro­fite des jours « chô­més » pour se repo­ser et pro­fi­ter de leurs proches. A notre connais­sance, aucune assem­blée géné­rale ne s'est réunie sur un site VFLI pour dis­cu­ter du pro­jet de réforme et déci­der d'éventuelles actions. SeulEs quelques salariéEs isoléEs prennent part aux jour­nées natio­nales de mani­fes­ta­tions, à diverses actions ponc­tuelles aux côtés des cheminotEs ou à leurs assem­blées générales.

Pourtant, les rai­sons de se mobi­li­ser ne manquent pas [1]. Et le cal­cul est simple : on perd beau­coup plus à tou­cher des salaires main­te­nant en conti­nuant le tra­vail et en lais­sant pas­ser la réforme, qu'en fai­sant grève jusqu'au retrait du pro­jet pour conser­ver des retraites décentes. La dif­fé­rence se chiffre en dizaines de mil­liers d'euros ! Et à nos enfants, qui pâti­ront le plus de cette réforme si elle entre en vigueur, puisqu'ils pas­se­ront toute leur vie sous un régime par points avec des retraites de misère à la clé, qu'allons-nous leur répondre lorsqu'une fois atteint l'âge de sai­sir les enjeux de leurs salaires, ils deman­de­ront : « Maman / Papa, tu as fait quoi, toi, pour empê­cher la mise en place de ce sys­tème de retraites injuste ? » Nous avons aujourd'hui la pos­si­bi­li­té de répondre autre chose que : « rien »...

L'UNION FAIT LA FORCE

Au-delà de l'enjeu du retrait du pro­jet de réforme, auquel les salariéEs de VFLI gagne­raient à prendre part avec déter­mi­na­tion en tant que cibles au même titre que l'ensemble du monde du tra­vail, il y a l'enjeu de l'union des tra­vailleuses et tra­vailleurs du rail, pour l'avenir du fer­ro­viaire. Depuis des années, l’État et la direc­tion de la SNCF orga­nisent la casse du trans­port fer­ro­viaire en France. Avec la mise en concur­rence d'entreprises fer­ro­viaires, la qua­li­té des infra­struc­tures, du maté­riel, de la ges­tion des cir­cu­la­tions, des condi­tions de tra­vail, des salaires, se dégrade consi­dé­ra­ble­ment. Cette concur­rence s'effectue notam­ment au sein même de la SNCF, entre par exemple Fret SNCF et VFLI, appar­te­nant toutes deux à la SNCF. Ces salariéEs, qui font les mêmes métiers, qui obéissent aux mêmes patrons, qui sont tenus par les mêmes action­naires, qui subissent le même sys­tème d'exploitation, et qui ont donc les mêmes inté­rêts à défendre, sont volon­tai­re­ment diviséEs et opposéEs les unEs aux autres, pour tirer l'ensemble vers le bas, au pro­fit des actionnaires.

La lutte actuelle et his­to­rique pour la défense du sys­tème de retraites et de la sécu­ri­té sociale est une nou­velle occa­sion de concré­ti­ser l'union et la soli­da­ri­té des tra­vailleuses et tra­vailleurs du rail, de créer des liens entre nous, de par­ta­ger des moments riches d'organisation, de débats, de prise de déci­sions, de démo­cra­tie, de mani­fes­ta­tions, de par­ta­ger une lutte com­mune dans la pers­pec­tive de vivre ensemble une vic­toire com­mune. L'enjeu est déci­sif pour l'avenir du fer­ro­viaire ; car, à n'en pas dou­ter, les luttes pour un trans­port fer­ro­viaire déve­lop­pé, de qua­li­té, sécu­ri­sé, juste, ne man­que­ront pas de s'imposer dans les années à venir. Les récentes nomi­na­tions faites par Farandou, nou­veau Président de la SNCF, de Christophe Fanichet, un finan­cier, à la tête de SNCF Voyageurs, et de Marlène Dolveck, une ban­quière, à la tête de SNCF Gares & Connexions, annoncent clai­re­ment la couleur.

Tant que les tra­vailleuses et tra­vailleurs du rail ne seront pas organiséEs dans la soli­da­ri­té et l'unité, nous conti­nue­rons de nous faire inexo­ra­ble­ment écra­ser, au détri­ment non seule­ment des salariéEs eux-mêmes exposéEs à des condi­tions dégra­dées, mais aus­si de la popu­la­tion, béné­fi­ciaire d'un trans­port fer­ro­viaire en déla­bre­ment, et de la pla­nète, vic­time du réchauf­fe­ment cli­ma­tique anthro­pique, faute notam­ment d'une poli­tique glo­bale de déve­lop­pe­ment du che­min de fer. Pour l'avenir du fer­ro­viaire, nous avons touTEs besoin de l'union des salariéEs du rail : entre celles et ceux des entre­prises pri­vées d'une part, mais aus­si entre ces salariéEs du pri­vé et les cheminotEs de la SNCF. La construc­tion effec­tive de cette union peut com­men­cer dès main­te­nant, en ins­cri­vant dans la lutte du moment les habi­tudes de soli­da­ri­té qui nous ser­vi­ront demain.

Dans la lutte actuelle pour la sau­ve­garde du sys­tème des retraites, le meilleur moyen de concré­ti­ser cette union serait évi­dem­ment que les salariéEs de VFLI s'engagent dans une grève recon­duc­tible au retour des fêtes de fin d'année, et orga­nisent leurs propres assem­blées géné­rales. Cet objec­tif reste encore à construire. Parallèlement, sur leurs jours « chô­més », les salariéEs peuvent par­ti­ci­per aux assem­blées géné­rales quo­ti­diennes des cheminotEs gré­vistes sur tous les sites de France (même sans droit de vote), par­ti­ci­per aux mani­fes­ta­tions et actions diverses aux côtés des cheminotEs. Il existe enfin un moyen déci­sif qui consti­tue « le nerf de la guerre » : ali­men­ter les caisses de grève, outil indis­pen­sable pour per­mettre aux cheminotEs de tenir.

[1] Voir ici notre ana­lyse de la réforme des retraites vou­lue par Macron.

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